Test Temu : trois best-sellers avec des défauts

Un appareil de massage rechargeable pour la nuque : Bernhard Egger de l’ASSOCIATION DE COMMERCE.Swiss lors de l’inspection de la commande test passée sur Temu. Photo : Boris Müller.

Article de presse de Christopher Gilb, Tages-Anzeiger Zürich, que nous publions avec l’aimable autorisation de l’auteur. Traduit par l’ASSOCIATION DE COMMERCE.swiss

 

En bref :

  • Selon Bernhard Egger, directeur de l’ASSOCIATION DE COMMERCE.swiss, les produits vendus sur Temu présentent fréquemment des lacunes en matière de sécurité et de respect des droits de marque.
  • L’Union européenne vient d’infliger à Temu une amende de 200 millions d’euros pour non-respect des normes de sécurité.
  • Une motion du conseiller aux États Benedikt Würth vise à imposer l’identification automatique des produits non autorisés sur les plateformes en ligne.
  • Le conseiller aux États Fabio Regazzi réclame en outre une taxe sur les petits envois en provenance d’Asie afin de financer des contrôles plus fréquents.

 

La commande en provenance de Chine est enfin arrivée. Près de deux semaines après la commande, elle a franchi la douane sans encombre. Le colis se trouve désormais devant la porte. Le « sac Temu » contient trois produits : un adaptateur multifonction au format européen, censé provenir du fabricant Lenovo (CHF 6,95), un appareil de massage « pour les tissus profonds » rechargeable, qui s’accroche à la nuque comme un petit singe (CHF 20,37), ainsi qu’un lot de huit serviettes de bain ornées d’un motif étoilé (CHF 27,91).

Nous nous rendons avec ces articles chez Bernhard Egger, directeur de l’ASSOCIATION DE COMMERCE.swiss. Lui qui critique Temu aussi souvent et aussi vivement que peu d’autres en Suisse doit nous montrer ce qui le dérange. Après tout, de par sa profession, il connaît bien les exigences auxquelles les commerçants suisses doivent se conformer.

Une motion du conseiller aux États saint-gallois Benedikt Würth (Le Centre), qui sera débattue lundi au Conseil national, vise à améliorer la situation. M. Würth demande que les produits non autorisés en Suisse soient automatiquement signalés sur les plateformes. La motion a déjà été approuvée par le Conseil des États et devrait également avoir des chances d’être adoptée par le Conseil national.

Depuis longtemps, Bernhard Egger et son association dénoncent une situation qu’ils jugent problématique : selon eux, les plateformes asiatiques de commerce en ligne ne peuvent connaître un tel succès et proposer des prix aussi bas que parce qu’elles ne respectent pas diverses exigences en matière de sécurité des produits et de droits des marques. Cela créerait des conditions de concurrence inéquitables entre les commerçants suisses et leurs concurrents étrangers. Une motion du conseiller aux États saint-gallois Benedikt Würth (Le Centre), qui sera débattue lundi au Conseil national, vise à améliorer la situation. M. Würth demande que les produits non autorisés en Suisse soient automatiquement signalés sur les plateformes. La motion a déjà été approuvée par le Conseil des États et devrait également avoir des chances d’être adoptée par le Conseil national.

Les produits passés au crible
Les produits examinés par Bernhard Egger correspondent aux trois articles les plus vendus sur Temu en Suisse à une date donnée. Cette information peut être consultée directement sur la boutique en ligne.

C’est parti. Bernhard Egger ouvre les deux premiers colis. Au moins une certification CE, censée attester qu’un produit répond aux exigences de sécurité en vigueur, figure aussi bien sur l’appareil de massage que sur le chargeur, confirme-t-il lors de son contrôle. « Difficile de dire si la certification est authentique. ».  En revanche, plusieurs autres éléments attirent immédiatement son attention et seraient, selon lui, problématiques pour un commerçant suisse. Les serviettes, par exemple, qui ressemblent au toucher à des chiffons de nettoyage, ne portent pas d’étiquette textile indiquant la composition du matériau.

Bernhard Egger n’est pas fan des serviettes en provenance d’Asie. Photo : Boris Müller

Une telle étiquette n’est certes pas imposée par la législation suisse, mais elle est courante, explique Egger. Quant au chargeur, son emballage est uniquement rédigé en chinois. Le mode d’emploi n’est accessible qu’après quelques recherches dans la commande en ligne, sous forme numérique. « À mon avis, celle-ci n’est pas facilement accessible, comme l’exigent les règles en vigueur en Suisse », estime Bernard Egger. Pour l’appareil de massage, une brève notice d’utilisation est bien fournie avec le produit, mais elle ne contient aucune consigne de sécurité. « Nulle part il n’est indiqué que ce produit ne devrait par exemple pas entrer en contact avec l’eau. Ce n’est pas acceptable », affirme-t-il.

Le respect de ces exigences engendre des coûts pour les commerçants suisses, des coûts que les vendeurs chinois présents sur Temu s’épargnent tout simplement. Bernhard Egger émet également des doutes quant à l’authenticité du chargeur. Provient-il vraiment du fabricant bien connu Lenovo ? Le nom de Lenovo n’apparaît d’ailleurs jamais dans le mode d’emploi. Sur l’emballage et sur l’appareil lui-même, deux entreprises de production différentes sont indiquées, et aucune des deux ne peut être associée à Lenovo.

Pour Egger, les nombreux produits sur Temu affichant une croix suisse constituent clairement des violations du droit des marques. Les commerçants suisses s’attireront des critiques s’ils impriment la croix suisse sur leurs produits alors qu’ils n’en fabriquent qu’une partie en Suisse. Sur Temu, en revanche, les produits arborant la croix suisse n’ont aucun lien avec la Suisse, et pourtant, cela ne pose aucun problème.

On trouve beaucoup de produits arborant la croix suisse et le drapeau suisse sur Temu.
Photo : capture d’écran Temu

 

Une autre motion réclame un renforcement des contrôles des colis
Temu s’oppose de manière générale à toute réglementation. Les responsables de la communication de Temu, actifs dans les régions germanophones, font du lobbying pour le compte de l’entreprise afin d’assurer que Temu a déjà considérablement renforcé ses procédures de contrôle de la qualité.

Cette démarche est devenue nécessaire, car la pression s’accentue. À la fin de la semaine dernière, il a été annoncé que Temu devra s’acquitter d’une amende de 200 millions d’euros dans l’Union européenne, précisément en raison de manquements aux normes de sécurité.

Interrogée sur la conformité des trois produits testés aux exigences suisses en matière de sécurité et de droit des marques, Temu n’a pas répondu. Dans ce type de situation, Temu fait généralement valoir qu’elle n’est qu’une place de marché et que la responsabilité des produits incombe aux fabricants qui les commercialisent.

Avant le débat parlementaire, le Conseil fédéral a recommandé le rejet de la motion du conseiller aux États Benedikt Würth. Selon lui, la vente sur les plateformes de produits non autorisés en Suisse est illégale. Mais Würth et ses soutiens estiment que ces normes légales n’impressionnent guère Temu, Shein et d’autres plateformes similaires, et que le problème devrait donc être rendu plus visible.

Une deuxième motion concernant Temu devrait également être examinée dès lundi. Elle vise à améliorer le contrôle des petits envois en provenance de Chine. Cette motion, déposée par le conseiller aux États tessinois Fabio Regazzi (Le Centre), demande l’instauration d’une taxe spéciale de quelques francs suisse sur les petits envois en provenance d’Asie, à l’instar de celle actuellement mise en place dans l’UE, où elle s’élève à 3 euros.

Cette taxe est destinée à financer le renforcement des contrôles douaniers sur ces envois. En effet, sur les quelque 26 millions de petits colis en provenance d’Asie enregistrés chaque année, seule une petite partie est contrôlée et retirée de la circulation en cas de non-conformité à la législation suisse. Les conditions pourraient donc bientôt se durcir pour les plateformes chinoises de commerce en ligne en Suisse.

 

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